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Les nouvelles souffrances du jeune Magnus / de Magnus Gunnarson

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Le sens de la vie consiste à donner vie à des enfants, afin que ceux-ci réfléchissent au sens de la vie. Cette déclaration ne signifie pas qu'il faut reporter sur les enfants cette question du sens de la vie, mais plutôt que chacun devrait se considérer comme un enfant à la recherche du sens de la vie !

Ce livre est dédié à mes parents, et en particulier à ma mère qui a toujours eu la patience de m'écouter. Les nouvelles souffrances du jeune Magnus

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C'est arrivé au milieu du mois d'octobre de l'année 1994. À ce moment, cela faisait trois semaines que je m'étais fait porter pâle, mais la véritable raison était mon état mental : j'avais des hallucinations, ce que personne ne savait. J'ai développé cette psychose paranoïaque (j'ai appris plus tard que cela s'appelait ainsi) déjà au mois de mars de cette année durant un trajet en voiture entre la CEBIT à Hanovre et Augsbourg. Lors de ce trajet, j'ai souvent perçu des éclairs et c'est pourquoi je pensais avoir été « flashé ». Durant les mois suivants, j'ai souvent entendu des bruits, comme par exemple le craquement d'une fenêtre. Cependant, ceux-ci survenaient bien plus souvent qu'en temps normal. Ensuite, j'ai commencé à interpréter ce craquement comme une question mentale dont la réponse était « oui ». Environ un à deux mois avant le congé maladie, j'ai entendu des voix pour la première fois et j'ai également eu mes premières hallucinations visuelles. Les voix et les images étaient synchronisées, si bien que cela ne semblaient pas être des hallucinations, si ce n'est par leur contenu (par ex. : je quitte un magasin et lorsque je me retourne, j'entends et je vois l'un des employés dire à l'autre : « C'était un connard celui-là ! »).

Mais revenons à l'époque des mes congés maladie.

Les hallucinations se sont transformées en contenus religieux, avec les voix du diable et de Dieu qui jugeaient ma vie passée.

Je me suis entretenu avec les voix, alors que normalement un chrétien n'a pas le droit de communiquer avec le diable. À cette époque, j'ai prié incessamment afin de me soulager. J'ai ensuite eu l'idée de demander conseil à un prêtre. Je me suis donc rendu au lieu de pèlerinage de Maria Vesperbild et j'ai attendu un prêtre qui était en train dofficier une messe. Je n'ai rien pu lui dire au sujet des hallucinations, car les voix me l'avaient interdit. Cependant, je lui ai dit que j'avais parlé avec le diable, sur quoi il m'a exhorté de ne plus le faire, étant donné que jétais croyant. Il a alors estimé que je pouvais me rendre à Lourdes afin de faire pénitence si j'avais suffisamment de temps et d'argent. Il faut préciser que Lourdes est un célèbre lieu de pèlerinage situé dans les Pyrénées (dans le Sud de la France). C'est là-bas que la Sainte Vierge est apparu 18 fois de suite à la fille de meunière Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle entre mi-février et fin-février. Il paraît que l'eau de cette grotte a des vertus miraculeuses, et c'est la raison pour laquelle 5 millions de pèlerins, pour la plupart malades, se rendent à Lourdes chaque année.

C'est ainsi que c'est manifestée mon intention de me rendre à Lourdes, jusqu'à ce dimanche durant lequel les voix m'ont ordonné d'y aller. J'ai donc pris ma décision immédiatement sans planifier quoi que soit. Cependant, je ne savais pas si j'allais m'y rendre en voiture ou en train, et c'est pourquoi j'ai demandé aux voix. Celles-ci m'ont conseillé le train. J'ai donc immédiatement appelé la gare d'Augsbourg afin de connaître l'horaire de départ du prochain train pour Lourdes et d'effectuer les réservations nécessaires.

Ma mère, qui était entre temps revenue de la messe dominicale, s'est emparée de mon sac de voyage rouge en arguant qu'elle ne voulait pas me laisser partir. Cependant, mon frère (qui venait de rencontrer sa future épouse et avec lequel j'étais donc peu en contact à cette époque) a convaincu ma mère en lui disant que j'étais suffisamment âgé. Mon père était également perplexe, mais il m'a finalement amené à Augsbourg en voiture.

Le train au départ de la gare d'Augsbourg devait partir pour Lourdes à 21h45, mais il est finalement arrivé avec dix minutes de retard. Sur le quai, j'ai pris congé de mon père qui m'a souhaité toutes sortes de bonnes choses. J'ai soulevé mon sac de voyage rouge et je suis entré dans ce train qui allait me mener vers linconnu. Mes parents m'ont laissé partir, car ils n'avaient jusque pas constaté de modifications importantes dans mon comportement. Tout de suite, j'ai rencontré deux hommes d'environ 30 ans qui se faisaient remarqués en parlant fort et qui semblaient éméchés. Ils m'ont demandé en anglais si je parlais langlais. Après leur avoir répondu en anglais, ils se sont adressés à moi en allemand, leurs rires confirmant qu'il s'agissait pour eux d'une blague réussie. Tout de suite, je suis allé voir le contrôleur dans l'espoir de pouvoir encore avoir une place dans un wagon-lit. En effet, en raison de mon départ précipité, je n'avais pu effectuer de réservation pour obtenir une couchette. Dans le compartiment qui m'a été attribué, il y avait déjà un homme avec sa petite fille. Des deux côtés, il y avait trois couchettes situées les unes au-dessus des autres. La mienne était celle étant placée tout en haut à droite. L'homme se trouvait en-dessous de ma couchette tandis que sa petite fille était en face de lui. C'est alors que j'ai à nouveau été confronté à une poussée hallucinatoire paranoïaque. À cette époque, je ne savais encore rien de cette maladie, car la plupart des hallucinations visuelles et auditives étaient tellement à l'unisson qu'elles constituaient pour moi une réalité absolue dont seuls les contenus étaient étranges : cétait les seuls indices indiquant quil sagissait d'hallucinations. Comme cela faisait déjà longtemps que je souffrais de cette maladie, des voix et des bruits survenaient également sans effets visuels, ce qui m'amenait à penser que j'étais une sorte d'élu disposant de capacités parapsychologiques spéciales. Il y avait de bonnes et des mauvaises voix. La bonne avait une voix paternelle apaisante qui me rappelait toujours à l'ordre. À cette époque, j'étais totalement hypnotisé par ces voix. Cex voix réagissaient de façon étonnante à mon état d'esprit, commentaient et contrôlaient toutes mes intentions et mes actes, ce qui entraînait une bataille de plus en plus forte dans ma tête. Cette guerre psychique allait connaître son point culminant à Lourdes.

Après que je me sois allongé, équipé de ma croix sacrée argentée que je portais sur une chaîne autour du cou, ainsi que d'un texte liturgique paroissial, l'illusion (uniquement acoustique) d'une scène dans un ascenseur s'est dessinée dans ma tête, et j'ai à nouveau reprendre le combat. Je me trouvais pour ainsi dire dans un ascenseur entre le paradis et l'enfer (mon âme). L'ascenseur faisait énormément de bruit et je pouvais distinctement entendre quil descendait en raison du bruit devenant plus faible. Le terme branleur me passait constamment par la tête et à chaque fois que je pensais à ce mot, l'ascenseur démarrait pour descendre un peu plus. Je ne voulais pas descendre en enfer (je devais tout le temps penser à ce mot même si j'essayais de ne pas le faire). Le Bien me disait que si j'arrivais à ne pas penser à ce mot pendant exactement 10 minutes, je serais sauvé. Mais je n'arrivais pas à tenir aussi longtemps. Ainsi, m'agrippant à ma croix et continuant à prier, je descendais de plus en plus bas, jusqu'à ce que l'ascenseur soit arrivé tout en bas. J'entendais déjà les compagnons de l'enfer gratter la porte encore fermée et en sanglotant, j'ai prié Dieu pour qu'il ne me condamne pas et me donne encore une chance. C'est alors que le Bien s'est à nouveau manifesté et a fortifié mes prières. L'ascenseur s'est mis à remonter par étapes. Après des heures de combat et de désespoir, j'ai fini par m'endormir.

Le contrôleur m'a réveillé rudement et m'a rendu ma carte d'identité. Cela a été ma dernière nuit de sommeil jusqu'à jeudi. Lorsque j'ai pris congé de cette personne inconnue, celle-ci ne m'a pas répondu (il devait sans doute penser que j'étais fou au vu de ce qu'il avait remarqué). Je me suis rendu dans la cabine des toilettes et je me suis lavé les dents. J'ai été terriblement effrayé par des bruits très puissants de tirs de pistolets à côté de ma tête. Je pensais que ces tirs ne pouvaient me tuer que si je croyais justement qu'ils allaient le pouvoir. Lorsque j'ai ouvert la porte de la cabine des toilettes, j'ai remarqué que le train s'était déjà arrêté à Paris est et qu'il fallait que je me dépêche de descendre. Afin de pouvoir prendre ma correspondance, il fallait que j'emprunte le métro parisien. J'entendais constamment des voix : « Tu n'y arriveras pas comme ça ! » « Allez, dépêche toi ! » « Et ben, t'es con ? » « T'es perdu, hein ? ». Après avoir loupé mon arrêt, je me suis retrouvé au terminus. J'ai alors trouvé une étudiante parlant allemand qui a bien voulu m'aider. La voix a alors dit : « Mon pote, t'as plus de chance que de raison ! ». Après que l'étudiante m'ait expliqué comment prendre ma correspondance, je suis reparti. Mais lorsque je suis arrivé, le train dans lequel j'avais réservé une place était déjà parti. J'ai donc payer un supplément afin de pouvoir prendre le train suivant. Il s'agissait d'un trajet pour Lourdes avec une correspondance à Bordeaux.

Durant le trajet vers Bordeaux, j'ai à nouveau eu des attaques. Je pouvais uniquement éviter de me retrouver en enfer en montrant mes émotions, c'est à dire en pleurant suffisamment et abondamment devant les autres voyageurs. Avant mon voyage pour Lourdes, j'avais déjà pensé une fois que des malheurs très anciens allaient s'abattre sur le monde. Quelques jours plus tard, j'avais appris que la peste était survenue en Inde. J'en suis donc arrivé à la conclusion que toutes les choses négatives auxquelles je pensais allaient se réaliser. Je pensais donc également être la cause de la peste en Inde. C'est aussi ce qu'il s'est produit lors de ce voyage vers Bordeaux, tandis que je pleurais constamment. Une voyageuse ayant vu mon billet et sachant donc que je me rendais à Lourdes m'a dit : « You cannot go to Lourdes with that strange in your heart ! » De telles attaques ont accompagné l'intégralité de mon trajet vers Lourdes.

J'avais deux heures de battement à Bordeaux et après m'être longuement renseigné concernant la manipulation et la durée d'utilisation, j'ai laissé mon sac dans un casier de la gare. Je suis alors faire un tour pour visiter la ville et manger dans un restaurant. C'est dans un grand parc que j'ai à nouveau eu affaire avec le Mal qui avait cette fois pris la forme d'une voix puissante et retentissante qui semblait venir de 10 mètres de hauteur et qui répétait encore et toujours : « Magnus, tu dois m'adorer ! ». Ce n'est qu'en priant à voix haute avec mon chapelet que jai pu en partie contenir ces voix. Après cela, le serveur m'a flanqué hors du restaurant après que je me sois assis rapidement et sans demander à une table se trouvaient des gens alors que la plupart des tables étaient libres. Les voix m'avaient ordonné de m'assoir avec ces personnes. Je suis retourné à la gare le ventre vide et j'ai poursuivi mon voyage. À 18h00, je suis arrivé à Lourdes. Cependant, cela m'a posé problème puisque les voix me disaient qu'il ne fallait pas que je descende à Lourdes, car j'avais le Mal en moi et j'allais donc profaner la terre sacrée, et même en mourir si je faisais cela. Mais j'avais promis à ma mère de revenir de Lourdes avec un bidon d'eau sacrée et j'ai donc pris le risque de descendre du train. Pourtant, les voix m'avaient conseillé de plutôt remplir un bidon d'eau courante et de rester dans le train plutôt que de rester à Lourdes. Mais je ne suis tout d'abord pas arrivé plus loin que le hall d'entrée de la gare, puisque la porte était pour moi l'ascenseur pour l'enfer. En effet, je pensais que le Mal disposait d'un accès direct pour Lourdes. Grâce à ma pensée commandant l'ascenseur pour qu'il monte ou qu'il descente, je pouvais percevoir les bruits que faisait celui-ci en obéissant à mes ordres. Cet ascenseur n'était pas encore arrivé tout en bas, mais cela a finalement été le cas grâce à mes pensées constantes que je n'arrivais pas à contrôler. « Ne joue pas avec l'ascenseur » me disaient les voix. J'ai alors entendu l'ascenseur arriver en bas et le diable monter dans celui-ci afin d'arriver sur terre. Je commençais à paniquer. « Mec, tu ramènes le diable sur terre » me disaient les voix. J'ai mentalement ordonnée à l'ascenseur de repartir vers le bas. Dès que je m'éloignais de la porte, l'ascenseur se mettait à remonter tout seul et je devais rapidement revenir sur mes pas afin de lui ordonner de redescendre. Après une heure, j'ai remarqué deux SDF dans le hall d'entrée. L'un était mieux habillé que l'autre. Le Bien m'a alors dit que le mieux habillé était dans notre camp et surveillait l'ascenseur, tandis que l'autre appartenait au camp du Mal et attendait l'arrivée du diable. L'un de ces messieurs m'a expliqué quil était facilement possible d'ouvrir la porte d'entrée et de sortir, car il avait remarquer que je reculais à chaque fois que je tentais d'ouvrir cette porte.

Lorsque je n'ai plus entendu l'ascenseur, je me suis éloigné et j'ai réservé une chambre pour trois jours dans un hôtel à proximité de la gare. Ensuite, je me suis rendu dans un restaurant avoisinant j'ai commandé une baguette au jambon et une chope de bière d'un litre, ce qui a étonné le patron (les chopes de bière d'un litre n'existent pas en France). Je me suis ensuite couché, mais les voix sont revenues : « Faut que tu réveilles les gens, t'es un méchant, les gens doivent t'amener à la grotte et te tuer, ce n'est que comme ça que tu pourras aller au paradis ! » Sur ce, j'ai commencé à taper sur les portes des autres clients de l'hôtel, j'ai réveillé la plupart d'entre eux et leur ai montré mes mains que j'avais porté à mon front pour représenter des cornes. J'ai crié : « Je suis le diable, vous devez m'amener à la grotte et me tuer ! ». Bien évidemment, personne ne m'a compris et la patronne de l'hôtel m'a jeté dehors. Un client de l'hôtel m'a suivi, a parlé avec moi et a voulu me retenir, sur quoi je me suis enfuis dans la nuit (alors que nous étions fin octobre et que je n'avais pas de veste, mes affaires se trouvant encore dans l'hôtel). Lors de cette confrontation avec ce client, j'ai remarqué qu'après avoir dit environ trois phrases en français, celui-ci a ensuite sans transition commencé à parler en allemand et à crier. Ce faisant, ni son intonation ni la synchronisation entre les mouvements de ses lèvres pour ouvrir et fermer la bouche afin de former des mots n'avaient changé. Pendant ce phénomène, le sens des mots était toujours en rapport avec la situation, comme je l'ai remarqué ensuite à maintes autres occasions. De telles hallucinations visuelles et auditives m'impressionnaient par leur authenticité absolue, notamment en ce qui concerne la direction et le volume des hallucinations acoustiques. Sur une place pavée en face d'une grande église à laquelle nous nous intéresserons plus tard, j'ai prié (en raison de mes prières qui pouvaient durer des heures, je n'arrivais plus à prononcer les bonnes prières : « Au nom du fer, etc. »). J'y suis resté toute la nuit, en proie à mon combat avec les voix jusqu'à ce que je revienne à proximité de l'hôtel mardi vers 8h00. Je me suis alors assis sur le banc d'un parc.

Depuis le parc, j'ai vu des personnes sans visage et avec des nez en forme de trompe dans un bâtiment situé à proximité. À chaque fois que mon regard prenait cette direction, je voyais cette scène. Après quelques instants, des groupes de personnes venant de l'hôtel et se situant à environ 50 mètres de moi se sont approchés. Ils m'ont regardé et m'ont dit que j'avais intérêt à ne pas revenir à l'hôtel. Ils évoquaient également le fait qu'ils pourraient me tuer si je revenais. Toutes les personnes qui passaient discutaient de mon comportement dans l'hôtel la nuit précédente. Mais il fallait que je revienne à l'hôtel pour chercher mes affaires. De plus, il fallait que je passe à côté de l'hôtel pour atteindre la gare. Vers midi, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis approché de l'hôtel alors que le Bien se faisait de plus en plus insistant tandis que je m'approchais : « File d'ici, ils vont te tuer ! ». Une fois arrivé à l'hôtel, la réceptionniste à commencer à gesticuler et à crier, mais j'ai pu monter dans ma chambre, récupérer mes affaires et m'enfuir de l'hôtel. Après cela, je me suis rendu à la gare j'ai pris un taxi pour aller à la grotte.

Une fois arrivé là-bas, j'ai déposé mon sac rouge qui était trop lourd et je suis entré dans une crypte. Les nombreuses bougies semblaient clignoter de façon artificielle, comme si quelqu'un se tenait à côté et tentait de les éteindre en soufflant dessus. Ensuite, je me suis rendu dans la grande basilique. Sur le plafond de cette église, j'ai observé partout de petits anges qui avaient mon visage. Dans cet environnement, j'avais relativement peu d'hallucinations. Comme les voix me disaient qu'en tant que « méchant » je n'étais pas le bienvenu ici, avant d'entrer dans la basilique, j'ai demandé en anglais à un moine : « Am I welcome ? ». Celui-ci m'a répondu : « You are welcome ! ». Cette réponse a augmenté l'euphorie que je ressentais dans cet environnement. Après avoir quitté la basilique, j'ai voulu récupérer mon sac rouge, mais il avait logiquement disparu. Quelqu'un l'avait remis aux objets trouvés j'ai pu le récupérer. Au cours de l'après-midi, j'ai aussi pris part à un chemin de croix très long avec des figures dorées grandeur nature. Par contre, je n'ai pu trouver nulle part l'eau bénite de Lourdes. Tandis que la nuit allait tomber, j'ai quitté ce lieu. Comme je n'ai pas vu de véhicule à l'endroit partaient les taxis, j'ai tenté de revenir à la gare en bus, mais je suis monté dans un bus de voyage duquel on m'a poliment fait sortir. En raison du grand nombre de bus, je n'ai pas pu trouver le bus public et comme j'avais faim j'ai décidé de chercher un restaurant. Après avoir bu un café et mangé une pâtisserie, j'ai quitté le restaurant. Les voix me disaient constamment ce qu'il fallait que je fasse et ce qu'il fallait que je ne fasse pas, par exemple sourire au serveur. Alors qu'il commençait à faire sombre, j'ai vu de nombreuses personnes avec des bougies se diriger en direction du lieu de pèlerinage. Sur ordre des voix, je me suis placé à l'entrée avec pour objectif de soutirer un sourire aux personnes passant par en leur souriant moi même. Après une demi-heure, alors que plus personne ne passait, je me suis également rendu en bas à la procession des lumières. Après la fin de la procession, ma confusion a significativement augmenté du fait des hallucinations permanentes. Accompagné d'une gigantesque salve d'artillerie, je suis arrivé à la conclusion que je n'irais ni au paradis ni en enfer, mais que Dieu et le diable s'étaient mis d'accord pour que je puisse passer la nuit avec la femme de mon choix. Il n'y avait quasiment plus personne sur le site. C'est alors qu'une jeune femme est passée à côté de moi sur ma gauche. Je lui ai tapoté sur l'épaule en lui demandant poliment : « On couche ensemble ? ». Elle m'a répondu qu'elle était ici avec son copain et elle est partie. C'est ensuite une autre jolie jeune femme qui s'est approchée, apparemment accompagnée de sa grand-mère. J'ai procédé de la même façon et sa réaction a également été la même. Cette jeune femme a ensuite prévenu deux gardiens. L'un d'eux m'a demandé : « Do you know this girl ? », ce à quoi j'ai répondu : « No ». En voyant les ventres rouge brillants et clignotants des deux hommes, je me suis rendu compte qu'il s'agissait de compagnons de l'enfer. Alors que je pointais mon doigt sur le sac se trouvant un peu plus loin par terre, lun des deux hommes m'a poussé vers la sortie. J'ai ensuite commencé à marcher en direction de la gare en suivant les panneaux indiquant celle-ci.

Après une longue marche à pied, je suis arrivé à la gare vers minuit. Je suis alors resté sur un banc jusqu'à 4h00 environ. Durant la nuit, un homme maigre est venu vers moi, m'a montré un préservatif et m'a fait comprendre qu'il fallait que je le suive. J'ai d'abord pensé qu'il voulait que je couche avec sa femme, mais j'ai ensuite compris qu'il s'agissait d'un homosexuel et j'ai secoué la tête pour signifier ma réponse négative. Il est alors parti, déçu. Je me suis alors à nouveau rendu sur la place pavée devant la grande église j'ai alors ressenti une puissante montée paranoïaque. Alors que le jour commençait à se lever, j'ai aperçu sur une place située à environ 150 mètres un cercueil qui était en train d'être déchargé d'une voiture. Tout à coup, j'ai perdu le cercueil de vue. À la place, il y avait une personne me faisant des signes. Je me suis approché d'elle. J'ai remarqué d'une part que je me trouvais devant un commissariat de police et que j'avais affaire à un policier, et d'autre part que ce policier avait lui aussi un ventre rouge brillant clignotant et qu'il était donc lui aussi un compagnon de l'enfer. C'est alors que cela a été la révélation pour moi : je me suis rendu compte que tous les policiers de Lourdes étaient en réalité des compagnons de l'enfer et dirigeaient la ville. Le compagnon m'a mené vers le bâtiment se trouvait mon sac rouge et a voulu que je signe un papier à l'entrée. Je n'étais pas d'accord, car pour moi cette signature était synonyme de demande pour être admis en enfer. Cela a énervé le fonctionnaire et il m'a poussé hors du commissariat de police, mon sac et moi. Jusqu'à aujourd'hui, je ne peux expliquer pourquoi les policiers me connaissaient apparemment, d'autant plus que je n'avais pas de papier d'identité ou tout autre document sur moi. Un véritable mystère.

Le mercredi, je me suis à nouveau rendu à la grotte, mais en raison de trous de mémoire je n'arrive plus à me rappeler comment j'ai fait pour me rendre sur ce lieu de pèlerinage. Je me rappelle uniquement que j'ai profité d'un feu pour piétons afin de traverser un croisement. J'ai attendre, car le feu était rouge et lorsque celui-ci est passé au vert, j'ai traversé. Mais au même moment, une voiture qui attendait également a démarré. Celle-ci a tout juste pu freiner avant de me renverser. Ainsi, ces illusions optiques m'avaient une fois de plus mis dans une situation je risquais ma vie. À proximité du lieu de pèlerinage, je me suis rendu dans une église et d'une manière ou d'une autre j'ai fait comprendre qu'il me fallait de l'aide et que j'avais besoin d'un prêtre parlant allemand. Comme il était possible de se confesser en de nombreuses langues dans cette église, j'ai choisi le prêtre parlant allemand et je lui ai demandé est-ce que l'on pouvait trouver l'eau bénite. Il m'a alors expliqué. Je n'ai pas pu parler de mes véritables problèmes au prêtre, car les voix me l'interdisaient. Je me suis donc immédiatement mis en route pour trouver l'eau et j'en ai bu d'énormes quantités (plusieurs litres). Je ne me rappelle aucunement de ce que j'ai fait durant le restant de la journée et jusqu'au soir.

Le soir, les poussées paranoïdes ont repris le dessus. En retournant pied) à la gare, j'ai vu une échelle dorée montant au ciel, marchepied après marchepied, qui à environ 150 à 250 mètres de hauteur menait à une crèche publique se trouvaient des silhouettes de taille réelle qui se déplaçaient. Cela m'a persuadé que l'eau de la source émanait de cette crèche. J'ai pu observer cette hallucination durant plusieurs heures. Ensuite, les voix se sont adressées à moi en me disant que si je n'avais pas trouvé une femme avec qui coucher avant 1h00, le diable viendrait me chercher pour me mener en enfer. J'ai pu éviter de regarder l'heure. Ainsi, j'ai serré ma croix argentée encore plus fort et j'ai erré dans les rues de la ville. Toutes les femmes que je voyais ressemblaient exactement à ma collègue de travail s'appelant Sonja. À propos de Sonja : pendant les derniers mois durant lesquels je travaillais encore dans mon entreprise avant de partir à Lourdes, on me harcelait constamment. Mes collègues de travail faisaient des réflexions à mon sujet connard », « crétin »). Souvent, Sonja discutait avec d'autres personnes du fait que j'allais être licencié, mais il s'est avéré plus tard que c'étaient déjà des hallucinations qui ne s'étaient pourtant jusque pas produites durant mon travail. Mais revenons à notre histoire.

Avec le recul, je ne sais pas s'il s'agissait de personnes réelles en lesquelles je voyais « seulement » Sonja, ou bien s'il s'agissait de pures hallucinations visuelles. Après ces évènements, je ne peux toujours pas faire la différence, notamment pour toutes les autres hallucinations durant lesquelles une collègue de travail se tenait chaque fois derrière le volant dune voiture. Je voyais constamment une Ford Fiesta blanche qui me dépassait puis me tournait autour lorsque je me trouvais sur un îlot. Jeudi matin, aux alentours de 3h00, je suis arrivé à la gare puis à la grande place pavée devant l'église. C'est là-bas que les poussées de paranoïa sont devenues plus violentes et ont engendré une tentative de suicide. Peu importe je jetais mon regard, je me voyais partout, par ex. dans la tour de l'église. J'ai prié toute la nuit, mais je n'arrivais plus à prier de façon pure, car entre temps j'avais des pensées insensées et blasphématoires. Le Bien m'a donné l'ordre de réciter 20 « Notre père » à la suite pour pouvoir me sauver et ne pas finir en enfer. Dès qu'une pensée impure me venait, il fallait que je recommence du début. C'est alors que je vis une voiture s'arrêter au même endroit (devant le commissariat). Comme la première fois, un cercueil a été déchargé et lorsque la personne s'est retournée, je me suis reconnu en elle. La personne qui me ressemblait portait le cercueil et se dirigeait vers moi. C'était à l'aube. On entendait distinctement le bruit désagréable se rapprochant d'une lourde caisse en bois qui est traînée sur le bitume. Paniqué, je me suis enfui. Mais je me trouvais dans une impasse, car à deux endroits le parc situé le long d'une côte aboutissait à un mur d'environ 5 mètres de hauteur. Lorsque j'ai regardé en bas du mur, j'ai vu un homme qui courait constamment le long de ce mur avant de faire demi-tour. Cet homme avait exactement le même visage que l'acteur qui joue le diable dans le film « Le roi des rois ». Celui-ci ne semblait attendre qu'une chose : que je me jette en bas du mur afin de pouvoir m'emmener avec lui en enfer. Je ne te ferais pas ce plaisir me suis-je dis durant un moment de conscience, alors que le Bien l'exigeait de moi. Le cercueil était encore relativement loin, et je me suis enfui en direction de l'église. Cette scène du cercueil était également liée à une puissante hallucination acoustique, c'est à dire le bruit de la dentition d'un serpent qui voulait mordre ma nuque. Lorsque que je suis arrivé à la porte de l'église, celle-ci était heureusement ouverte. En entrant dans l'église, les hallucinations sont tout d'abord devenues moins fortes. Si tu n'arrives pas à réciter 20 prières en 5 minutes, le cercueil va te rejoindre et le serpent (le diable) te mordra dans la nuque, a dit le Bien. Et j'ai prié à haute voix sans m'arrêter, mais je faisais chaque fois des erreurs et le Bien disait « Recommence depuis le début ! ». J'ai traversé l'église en passant à côté de l'autel jusqu'à arriver dans la partie avant gauche se trouvait un autel latéral avec une sorte de tabernacle sur lequel il y avait une représentation avec des symboles représentant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Lorsque j'ai touché ces symboles, l'intensité du bruit du serpent a baissé, particulièrement lorsque je touchais le symbole du Père. Cela te donne encore 5 minutes de plus, a dit le Bien. Malgré tous mes efforts, les hallucinations visuelles et auditives devenaient surpuissantes et le serpent semblait être à seulement quelques centimètres de mon cou. Pendant ce temps, un office avait débuté dans l'église, et quelques minutes auparavant une femme m'avait tiré pour me dire de m'assoir sur un banc pour prier. Elle m'a dit cela en allemand. Mais je ne voyais pas cette femme, car je n'avais pas le droit de me retourner pour ne pas succomber au Mal et je m'accrochais aux symboles. Jai même grimpé sur l'autel. Ma panique ne cessait d'augmenter et le Bien m'a subitement dit : « Suicide-toi, c'est la seule solution pour que tu finisses au paradis, le diable ne t'as pas encore mordu ». J'ai alors tapé ma tête contre la plaque en marbre de l'autel, mais cela na pas suffit. J'ai donc pris un vase et je l'ai jeté en direction de l'autel principal (durant l'office), j'ai empoigné le grand support en verre et j'ai frappé plusieurs fois mon front avec celui-ci jusqu'à ce que le sang gicle et que le verre se brise en plusieurs morceaux. Une grande flaque de sang s'est immédiatement formée sur l'autel. Aujourd'hui, je blague en disant que j'ai à l'époque fait à Dieu un sacrifice de sang. Après cela, une femme m'a emmené plus loin sur un banc une ambulance est venue me chercher environ 10 minutes plus tard. Pendant ce temps, je retrouvais mes esprits, la poussée de paranoïa avait disparu, le Bien devenait le Mal (puisqu'il m'avait poussé à ma tentative de suicide) et j'ai pris conscience que j'allais tout de même finir en enfer, car il devenait de plus en plus clair qu'on allait me mettre dans un asile de fous et qu'un tel endroit est synonyme d'enfer sur terre.

Après que l'ambulance m'ait amené à la clinique de Lourdes, mes blessures ont été superficiellement soignées (on ne m'a même pas mis de pansement). J'ai essayé de faire comprendre au personnel en parlant anglais que mon sac rouge se trouvait sur la place devant l'église et qu'il fallait le chercher. Personne ne semblait s'intéresser à mon état psychologique et on m'a laissé partir après qu'un policier m'ait amené mon sac. Ce policier avait un petit livre mon nom était déjà inscrit. De plus, cette fois le policier m'a obligé à signer. Le fait d'avoir signé et d'être laissé en liberté m'ont fait penser que j'avais perdu le combat face au Mal et que j'allais désormais devenir un valet des ténèbres. Ensuite, j'ai constaté que ma veste en cuir était pleine de sang et que seul un lavage à l'eau bénite pouvait encore me sauver. Mais j'avais trop peur que l'on me tue pour me rendre sur le lieu de pèlerinage, et même à la gare. En effet, suite aux incidents survenus dans l'église, je pensais que tout le monde en ville était au courant. J'ai donc eu l'idée de marcher jusqu'à la prochaine localité pour y prendre le train. Tandis que je quittais la ville, les voix se sont de nouveau fait entendre. Je négociais avec elle mes nouveaux droits et devoir en tant que valet des enfers, mais je n'étais pas en bonne position pour mener ces négociations qui se tenaient sous forme de rimes. Je n'avais que faire de l'argent, puisque ces valets des enfers ne peuvent normalement pas perdre aux jeux de hasard. Depuis que j'étais également un valet des enfers, j'avais constamment une odeur de soufre dans le nez. Les chiens aboyaient lorsque j'approchais et j'ai tenté d'exercer sur eux mes nouveaux pouvoirs, c'est à dire la prise de contrôle sur des animaux précis. Je disais au chien « Pars la queue entre les jambes ! » et je le voyais vraiment partir comme cela.

Soudain, jeudi après-midi, j'ai constaté que je ne pourrais pas revenir à la maison avant la fin de validité de mon billet de retour (valable jusqu'au vendredi à 23h59). J'ai alors pensé qu'il valait de toute façon mieux que je ne revienne pas, pour ne pas que le malheur s'abatte sur ma famille et les autres personnes. Arrivé à la ville suivante, j'ai constaté qu'il n'y avait ni gare ni rails. Je me suis dit que j'allais continuer jusqu'à ce que j'arrive dans une ville avec une gare. Je suis entré dans un restaurant j'ai bu deux grands cafés et mangé deux tartines. J'avais peur que le chien se trouvant aboie et dévoile mon identité en tant que valet des enfers, mais il est resté calmement à côté de moi. En raison des deux grosses bosses que j'avais sur le front, je ne faisais pas vraiment bonne impression, mais heureusement, j'étais le seul client. Après avoir marché environ 10 kilomètres, il devait être environ 17h00, j'ai déposé mon sac à environ 50 mètres de la route sur un chemin goudronné passant dans les champs, de nouvelles hallucinations puissantes sont survenues. J'ai marché environ un kilomètre le long de ce chemin tout en réfléchissant à ma situation particulière et unique, comme si j'allais bientôt mourir. Dans un champ de maïs la récolte avait été faite, mais se trouvaient bizarrement encore quelques plantes, j'ai aperçu les contours d'un serpent aussi épais qu'un arbre et mesurant environ 10 mètres de longueur. Les longues plantes de maïs se pliaient devant cette hallucination. Je n'entendais pas de voix émanant directement de cette hallucination, mais par contre je l'entendais à côté de moi sur le champ de maïs tandis qu'elle se déplaçait avec moi. Je pouvais également observer et entendre distinctement le bruissement des plantes qui se pliaient. Lorsque je m'arrêtais, cette apparition ne bougeait plus non plus. Les voix disaient que c'était le diable que j'avais amené sur terre et que désormais celui-ci allait m'accompagner. Alors, un peu plus loin, j'ai